Ecriture cursive et trisomie


trisomie et écriture

Les personnes possédant trois chromosomes 21 peuvent elles bien écrire? La réponse est évidemment oui. Une récente étude montre que la qualité des tracés et les temps de production des adultes avec une trisomie 21 se caractérisent par un niveau d’efficience comparable aux enfants de même âge de développement mental. Les adultes trisomiques étudiés ne présentent pas par ailleurs de déficit graphomoteur spécifique. Mais comme pour d’autres apprentissages, le parcours des enfants trisomiques va être nécessairement différent.


Un enfant trisomique présente des différences de latéralisation, de tenue de crayon et de repérage spatial par rapport à d’autres enfants qui vont rendre son apprentissage de l’écriture nécessairement plus difficile. Je vous propose ici un petit résumé des spécificités de ces enfants vis à vis de l’apprentissage de l’écriture cursive.


Tout d’abord l’enfant trisomique a une morphologie et un développement particulier de la main, qui va grandement influencer sa tenue de crayon : La main est plus petite, plus large, plus trapue. Les doigts sont courts, surtout le cinquième et le pouce. Le squelette de la main de l’enfant trisomique 21 est (en général) constitué de 23 os au lieu de 27 (voir Chumlea 1979, Erhardt, 1982, Edwards, 1995).


radiographie main à la naissance : b non-trisomique, c : trisomique 21

Le pouce est en général positionné plus bas, et il existe souvent une déviation du cinquième doigt très caractéristiques, avec parfois un seul pli de flexion ( et une absence ou une atrophie caractéristique de la deuxième phalange). En général, les articulations de la main sont très mobiles. Compte tenu de l’absence, de la petite taille ou de la croissance lente de certains os du carpe, on a supposé que cela pouvait modifier les arcs de la main qui sont fondamentaux dans les fonctions de préhension et de stabilité de la paume de la main, conditionnant la liberté des doigts. L’hypotonie des muscles de la main peut limiter l’utilisation manuelle, diminution motrice qui en retour affecte le système des arcs de la main.

L’évolution de la préhension de l’enfant trisomique est semblable à celle des autres enfants jusqu’à l’âge de 3 ans. Puis l’hypotonicité et l’absence de pli palmaire entrainent une destruction de la prise «pince», une imprécision du geste et une réduction de la sensibilité. A terme, on observe une chute de la qualité de la préhension à l’âge ou il découvre le crayon…

Naturellement, l’enfant trisomique développe une tenue de crayon haute et immature avec en général une prise palmaire (toute la paume de la main tient le crayon). La pression est souvent excessive et la crispation de la main sur le stylo gène la progression.


L’hypotonie musculaire et l’hyperlaxité ligamentaire modifient également la motricité manuelle. Les capacités de discrimination tactile et le déliement digital sont également plus faibles. On observe donc peu de corrections et nécessairement une répétition plus élevée des erreurs.


Le développement de la latéralisation se fait aussi en général plus tard, vers 8 ans au lieu de 4 ans habituellement.


La lenteur, caractéristique des enfants trisomiques, retentit sur toutes les étapes du mouvement. L’exigence de vitesse détériore donc les performances de l’écriture cursive.


L’enfant trisomique présente généralement des postures inadéquates dues à des anomalies de statique (ex : tenue de tête, position du buste) et des différences sensorielles. Les positions d’équilibre exigeant un contrôle visuel constant, il leur est alors difficile de mobiliser précisément des segments de leur corps ne se trouvant pas dans le champ visuel.

Or je vous ai déjà expliqué que la posture joue un rôle clef dans le geste d’écriture.


On note aussi des difficultés d’appréhension de la gestion statique l’espace graphique: l’enfant trisomique ayant parfois des stratégies de recherche peu organisées, une négligence de certaines portions de l’espace et une faible perception des rapports spatiaux. La réduction de l’anticipation mènera à la production de lignes fluctuantes, de marges peu marquées et d’un faible respect des espaces inter-mots.

Le travail de rééducation de l’écriture devra s’appuyer sur les domaines déficitaires chez ces enfants :

– les capacités visuo-constructives et spatiales :

Il s’agit de renforcer la discrimination et la connaissance des orientations et relations spatiales qui sont à mettre en lien avec leurs difficultés d’appréhension de l’espace et leurs erreurs de distinction de lettres.

– la mobilité des doigts, du poignet, et la tenue de l’instrument scripteur.

L’objectif est de les mettre dans une situation qui nécessite une mobilisation différente des doigts et du poignet, et d’entraîner à la formation des boucles.

– les variations de pression.

L’utilisation d’un pinceau chinois et de l’encre, permet de diminuer et de mieux contrôler la pression excessive chez ces enfants. Les variations de pression sont alors visibles sur la trace, ce qui permet un feedback visuel particulièrement efficace. On peut également n’utiliser que le contrôle proprioceptif du mouvement (yeux fermés) afin de faire ressentir ce mouvement. L’usage du criterium (dont la mine casse rapidement sous la pression) permet de compléter ce travail.


Pour l’enfant trisomique, l’écriture est une tâche fastidieuse, la rééducation doit donc être ludique et le niveau de difficulté des exercices progressif. Il est important de laisser un temps suffisamment long au maintien d’un apprentissage particulier chez ses enfants. Il faut prêter attention au fait que les enfants trisomiques présentent moins d’attrait pour la nouveauté et ont parfois des réactions négatives à la surprise. Les changements amenés doivent donc être progressifs et expliqués à l’enfant qui bénéficiera d’un temps nécessaire de manipulation et d’habituation au support.


Il est important d’être attentif au fait que, lors de la prise en charge, si l’adulte se met face à l’enfant, celui-ci, par imitation, va avoir tendance à utiliser sa main gauche, en miroir de ce que fait l’adulte. C’est pourquoi il faut éviter le travail en face à face.


Il est tout à fait envisageable de rééduquer son écriture lorsqu'on est trisomique. Il faut néanmoins anticiper que les durées de rééducation de l'écriture sont forcément plus longues, et les résultats différents de ceux qu'on obtient habituellement. Mais de réels améliorations peuvent être obtenues.


Pour aller plus loin :



Pour ceux et celles qui sont intéressés et veulent en savoir plus sur l'enseignement de l'écriture il m'arrive d'organiser régulièrement des formations en Visio-conférence sur ce sujet (en général le mardi soir à 20h30). Regardez les dates sur la page formation. Il n'y a pas pour l'instant de formation dédiée à l'enseignement de l'écriture pour les trisomiques dans le calendrier, mais n'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez en organiser une.



Un peu de Bibliographie :

  1. R. Tsao et al.  L’étude de l’écriture chez des adultes porteurs de Trisomie 21  Revue Francaise De la Defficience Intellectuelle Vol 23 2012 pp22-33

  2. M. Jover et al. Specific Grasp Chracteristics of Children with Trisomy 21 Developmental Psychobiology 2010 pp3-12

  3. Chumlea, W., Malina, R., Rarick, G., & Seefeldt, V. (1979). Growth of short bones of the hand in children with Down’ssyndrome. Journal of Mental Deficiency Research, 23, 137– 150. 


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