Ces réflexes archaïques qui perturbent l'écriture

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Vous connaissez déjà certainement les réflexes primordiaux : ce sont des répertoires de mouvements déjà opérationnels chez le nouveau-né : agripper, tendre la main, téter : tous ces mouvements élémentaires existent sous la forme de réflexes dès la naissance et parfois même in utero. Les bébés sont capables ainsi de bien des prouesses, comme de se suspendre accrochés aux doigts de leurs parents, ou de mimer la marche lorsqu'on les soutient par les aisselles. Ces réflexes jouent un rôle essentiel dans le développement moteur du jeune enfant. Ils sont gérés par le tronc cérébral, et leur présence est le signe du bon développement du système nerveux central et du tonus musculaire du bébé.


Progressivement, ces mouvements automatiques vont être remplacés par des mouvement volontaires : on dit que les réflexes sont alors intégrés.


Quel rapport avec l'enseignement de l'écriture manuscrite?


Parfois, il arrive que chez le jeune enfant ces réflexes persistent et perturbent les mouvements volontaires. Ils vont alors influer de façon étonnante sur la tenue de crayon ou la posture de l'élève.


Plusieurs réflexes primordiaux persistants peuvent entraver l'apprentissage de l'écriture. Nous aborderons ici les deux plus caractéristiques : le réflexe d'agrippement (grasping), et le réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC).


Le réflexe d'agrippement et l'écriture


Lorsque le grasping est actif, tout ce qui effleure la main est immédiatement agrippé fermement. Il est donc aisément compréhensible qu'en cas de présence persistante de ce réflexe, il sera difficile d'enseigner une tenue de crayon efficace. En effet dès qu'un crayon sera en contact avec la main, ce réflexe entraînera une crispation réflexe refermant la main. Celà n'aide évidemment pas à avoir une tenue de crayon naturelle et détendue. Au contraire, les enfants ayant un grasping non-intégré sont crispés sur le crayon et ont souvent une tenue palmaire ou semi palmaire (impliquant l'utilisation de la paume de la main).






Le réflexe tonique asymétrique du cou


Le réflexe tonique asymétrique du cou (RTAC), aussi appelé le « réflexe de l'escrimeur », joue également un rôle important dans l'apprentissage de l'écriture : quand bébé tourne la tête , le bras et la jambe s'allongent du coté ou porte le regard, alors que bras et jambes opposés se replient. Comme beaucoup de réflexes primordiaux, ce réflexe est en place à la naissance mais n’est normalement plus actif passé 7-8 mois. Très utile lors de l’accouchement, le Réflexe Tonique Asymétrique du Cou facilite la mise en place de la coordination oeil main, de la latéralité et aide les bébés à faire leurs premiers retournements.


On comprend bien que ce réflexe permet au tout jeune enfant de déclencher une séquence motrice stéréotypée où, lorsqu'il il tourne la tête vers un stimuli (un objet qu'on lui tend par exemple), le bras va suivre le mouvement pour pouvoir atteindre cet objet qui est dans son champ de vision, favorisant la coordination oeil main. Mais si cette séquence est très utile dans les premiers mois de la vie, elle devient gênante si elle intervient à l'école élémentaire au milieu d'une copie de texte.



Tout d'abord, la persistance de ce réflexe perturbe la mise en place de la latéralité. De plus, l’enfant va avoir des difficultés à rester assis calmement puisqu’à chaque mouvement de la tête, bras et jambes bougent également. On observe alors les enfants cherchant des trucs et astuces pour empêcher ces mouvements involontaires (jambe repliée sous la fesse, jambe qui entoure les pieds de chaises, bras plié qui tient la tête, etc.).


Concrètement, en ce qui concerne l’écriture, l’enfant aura du mal à placer sa feuille correctement pour écrire, changera sans cesse de position, il pourra « casser » son poignet et n'utiliser qu'un seul oeil pour lire.


Travailler l’intégration du RTAC est donc utile pour permettre aux enfants de « se poser », de rester assis et attentifs, disponibles aux apprentissages. Cela aidera également les enfants dont la latéralité n’est pas encore clairement établie à trouver leur main dominante. Enfin, cela permettra aux enfants de commencer l’apprentissage de l’écriture avec une posture stable et confortable, propice à l’acquisition dune belle écriture.


L'intégration des réflexes primordiaux


Des techniques permettent aujourd’hui de remédier à la persistance de ces réflexes primordiaux chez l’enfant pour faciliter l'enseignement de l'écriture.


Pour favoriser l'intégration des réflexes au moment de l'apprentissage de l'écriture, on peut utiliser des exercices spécifiques de pression et simulation de la paume (pour le réflexe d'agrippement) ainsi que des exercices de motricité globale impliquant l'usage des bras, des mains des jambes et du cou (RTAC)


Le plus souvent, ces exercices sont à effectuer en rythme. Ils reproduisent des séquences de mouvements effectués spontanément par le bébé. Ils stimulent – entre autres – les sens vestibulaire et proprioceptif, et proposent une profonde intégration à la fois sensorielle et motrice. La composante rythmique de ces exercices est fondamentale en ce sens qu’elle génère une stimulation plus importante au niveau du cervelet. La sollicitation rythmique de certaines chaînes musculaires permet également de relâcher tensions et blocages. L'élève va peu à peu être en mesure de solliciter les seules chaînes musculaires nécessaires au mouvements qu'il souhaite exécuter. Les gestes ne sont alors plus soumis aux programmes réflexes du tronc cérébral mais sont décidés pleinement volontairement.


Après intégration des réflexes, l'enfant peut alors utiliser ses mains sans qu'elles se crispent et agrippent tout ce qui effleure leurs paumes ce qui leur permet de réellement choisir comment tenir efficacement le crayon. Cela évite les crispations que l'on observe chez certains enfants, incapables de tenir leur stylo comme le recommande la maîtresse.

L'élève retrouve également une posture plus confortable pour écrire. Sa posture est stable, durable et n'est pas perturbée par les mouvements de sa tête. Il peut poser les pieds au sol pour avoir une bonne stabilité, et n'a plus besoin de casser son poignet.



Pour aller plus loin :




Micro sondage (sur un échantillon d'enseignants absolument pas normalisé) :

Pour ceux et celles qui sont intéressés et veulent en savoir plus sur cet aspect (un peu méconnu) de l'enseignement de l'écriture il m'arrive d'organiser régulièrement des formations en Visio-conférence sur ce sujet (en général le mardi soir à 20h30) Regardez les dates sur la page formation. Vous y trouverez un module spécifiquement consacré à la tenue de crayon et à la posture, mais furetez, il y a plein d'autre thèmes de formation sur l'enseignement de l'écriture.












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par Anne-Gaël Tissot Sos-écriture
 

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